Figma, Claude Design… et qui tient le crayon ?

Florian Morançais · Webdesigner UX/UI · développeur front-end Design 4 min de lecture

On me pose souvent la question, parfois avec une pointe d’inquiétude : « Maintenant que l’IA dessine des sites, tu sers encore à quoi ? » Bonne question. Ma réponse tient en deux mots, direction artistique, et en un article.

Mes outils ont changé

Depuis des années, Figma est mon établi. Composants, variables, auto layout, prototypes : c’est là que vit le système graphique d’un projet, et là que les développeurs viennent chercher les bonnes valeurs. Rien de ce qui suit ne remet ça en cause.

Ce qui a changé, c’est l’arrivée de Claude Design dans mon quotidien. On lui décrit une intention, un public, un système graphique ; il propose une page, en vrai code, responsive, animée, qu’on affine en commentant directement dessus. Les pistes de refonte de notre propre site ont été explorées comme ça. Vous êtes peut-être même en train de lire l’une d’elles.

L’IA propose. La direction artistique dispose.

Ce que l’IA fait très bien

  • Explorer large. Là où on présentait une piste, parfois deux, on peut en construire cinq et les comparer pour de vrai.
  • Prototyper en vrai. Les vrais textes, le vrai mobile, les vraies animations. Plus besoin de dire « imaginez que ça bouge ».
  • Décliner. Une version plus dense, plus calme, plus contrastée : en quelques minutes, pas en une demi-journée.
  • Tester le contenu. Un titre trop long qui casse la mise en page, un bloc vide sans photo : on le voit tout de suite, avant que ce soit un problème.

Ce qu’elle ne fait pas : choisir

La direction artistique, ce n’est pas produire des images. C’est faire des choix, et s’y tenir. Choisir une typographie plutôt que dix. Renoncer à une jolie idée parce qu’elle ne raconte pas le bon territoire. Tenir une cohérence sur un site, une brochure, une signalétique et un compte Instagram.

Laissée à elle-même, une IA tend vers la moyenne : des interfaces propres, efficaces, et un peu interchangeables. Le goût, c’est souvent ce qu’on enlève. L’orange d’une destination de montagne, une typo qui rappelle les panneaux d’un sentier, une vraie photo plutôt qu’une illustration : ces choix viennent du terrain et des ateliers avec le client, pas d’un prompt.

Figma ou Claude Design ? Les deux, à leur place

FigmaClaude Design
RôleLa source de vérité du système graphiqueL’outil d’exploration et de prototypage
Points fortsComposants, variables, collaboration, passation aux développeursPistes rapides, prototypes en code, itération par commentaires
LimiteUn prototype reste une simulationTend vers le générique sans direction forte
QuandSystème, déclinaisons, recetteExploration, tests de contenus, présentations

Notre façon de faire, en six étapes

  1. Le brief et le terrain Qui sont les visiteurs, ce que la destination veut raconter, ce qu’on voit quand on y est. Aucun outil ne fait ça à notre place.
  2. Les références Photos, typographies, matières, couleurs du territoire. Un moodboard, à l’ancienne, mais partagé.
  3. L’exploration Dans Claude Design, plusieurs pistes construites en vrai, avec les vrais contenus. Larges, contrastées, parfois volontairement excessives.
  4. Le choix, avec le client On présente, on compare, on tranche. C’est le moment de la direction artistique : garder, assumer, renoncer.
  5. Le système Dans Figma : couleurs, typographies, espacements, composants, variantes. La source de vérité du projet.
  6. Le code et la recette Développement, puis vérification RGAA, performance et cohérence avec le système. Pixel par pixel quand il le faut.

L’accessibilité ne se génère pas

Un prototype généré peut avoir l’air parfait et rater un contraste, un ordre de lecture, un état de focus, une alternative à une image. Je suis certifié RGAA par Access42 depuis 2024 : chaque piste passe par une relecture accessibilité avant d’aller plus loin. Pas à la fin, quand tout coûte cher à corriger. Au début, quand ce n’est qu’un choix de couleur.

Alors, qui tient le crayon ?

Toujours nous. Mais le crayon va beaucoup plus vite, et on dessine plus de pistes avant de choisir la bonne. Le temps gagné, je le remets là où il compte : un état de focus soigné, une micro-animation juste, une photo mieux cadrée. Ce sont ces détails qui font qu’un site ressemble à un territoire, et pas à un autre.

Une identité à créer, un site à réinventer ? Parlons direction artistique.